

Par Luc Morin — Le Portail des Assurés
Ancien inspecteur d’assurance. Qui sommes-nous ?
Un événement indésirable grave après des soins donne-t-il droit à indemnisation ?
Réponse directe : pas automatiquement. Le fait qu’un événement indésirable grave survienne pendant ou après des soins constitue un signal important, mais ne suffit pas à déterminer juridiquement sa cause ni le droit à indemnisation. Il faut reconstituer les faits, identifier le dommage, rechercher son lien avec les soins et déterminer s’il relève notamment d’une faute, d’un accident médical non fautif, d’une affection iatrogène ou d’une infection nosocomiale.
🔥 L’avis de Luc Morin
« Le mot “grave” décrit les conséquences d’un événement ; il ne désigne pas automatiquement le responsable. Pour défendre correctement un dossier, il faut passer du signalement de l’événement à la preuve de sa cause et de ses conséquences. » — Luc Morin
Qu’appelle-t-on un événement indésirable grave associé aux soins ?
Dans le système de santé, la notion d’événement indésirable grave associé aux soins — souvent abrégée EIGS — correspond à une catégorie utilisée pour la sécurité des soins et le signalement de certains événements graves. Pour une victime, cette qualification peut constituer un élément important du dossier, mais elle ne remplace ni l’analyse médico-légale ni l’expertise nécessaire pour déterminer les responsabilités et l’indemnisation.
Un EIG signifie-t-il qu’une faute médicale a été commise ?
Non. Un événement grave peut résulter de situations différentes. Une complication peut survenir sans faute ; un accident médical non fautif peut, dans certaines conditions, relever de la solidarité nationale ; une infection peut relever d’un régime particulier ; et certains dossiers révèlent au contraire un manquement dans la prévention, le diagnostic, le geste, la surveillance ou la prise en charge.
Voir : Qui indemnise en cas de faute médicale ?
Comment analyser un EIG avec la méthode SIGNAL → CAUSE → CONSÉQUENCES du Portail ?
La méthode SIGNAL → CAUSE → CONSÉQUENCES
- SIGNAL : quel événement précis s’est produit, quand et dans quel contexte de soins ?
- AVANT : quel était l’état du patient avant cet événement ?
- CHRONOLOGIE : quels actes, symptômes, alertes et décisions se sont succédé ?
- CAUSE : que disent le dossier médical et les expertises sur l’origine du dommage ?
- QUALIFICATION : faute, accident médical non fautif, affection iatrogène, infection nosocomiale ou autre situation ?
- CONSÉQUENCES : quelles séquelles et quels préjudices sont réellement imputables à l’événement ?
Que faut-il faire immédiatement après avoir connaissance d’un EIG ?
La priorité est de conserver les preuves et d’obtenir les documents permettant de reconstruire la chronologie. Les souvenirs de la victime et de ses proches sont utiles, mais ils doivent être confrontés aux pièces médicales contemporaines des faits.
- demander le dossier médical complet ;
- conserver les comptes rendus opératoires, d’hospitalisation, d’imagerie et de laboratoire ;
- identifier les traitements, médicaments et produits administrés ;
- relever les dates des symptômes, alertes, transferts et réinterventions ;
- conserver les courriers et documents relatifs à l’événement ou à son signalement ;
- documenter les séquelles, besoins d’aide, arrêts de travail, frais et conséquences quotidiennes.
🕵️ Le réflexe de l’inspecteur
Ne construisez pas le dossier autour du seul mot « EIG ». Construisez-le autour d’une chronologie : état avant → soin → incident → alerte → réaction médicale → dommage → séquelles. C’est cette chaîne qui permet ensuite de poser les bonnes questions à l’expert.
Un effet indésirable déclaré en pharmacovigilance prouve-t-il que le médicament a causé le dommage ?
Non. Un signalement de pharmacovigilance est une information importante pour la sécurité des médicaments, mais il ne suffit pas, à lui seul, à démontrer juridiquement l’imputabilité d’un dommage individuel. Pour une demande d’indemnisation, il faut notamment confronter la chronologie, les données médicales, les autres causes possibles, l’évolution après l’exposition et, lorsque cela est pertinent, l’analyse spécialisée ou l’expertise.
Une prescription hors AMM signifie-t-elle automatiquement qu’il y a faute ?
Non. Le fait qu’un médicament ait été utilisé en dehors des indications ou conditions de son autorisation de mise sur le marché doit être analysé dans son contexte médical et réglementaire. Pour un dossier indemnitaire, il faut distinguer le choix thérapeutique, l’information donnée au patient, les conditions de prescription et de surveillance et surtout le lien entre le traitement et le dommage allégué. Une mention de pharmacovigilance ou le caractère hors AMM ne remplace donc pas l’analyse de causalité.
Que se passe-t-il lorsqu’un effet indésirable survient pendant un protocole de recherche ?
Lorsqu’un dommage survient dans le cadre d’une recherche impliquant la personne humaine, il faut identifier précisément le protocole, sa catégorie, le promoteur, les documents d’information et de consentement, les déclarations de l’événement et l’assurance de la recherche. Le Code de la santé publique prévoit un régime spécifique de responsabilité et d’indemnisation pour certaines recherches, distinct du simple parcours de soins. Il faut donc éviter de traiter ce dossier comme un aléa thérapeutique ordinaire sans avoir d’abord identifié le cadre de la recherche.
Comment raisonner lorsqu’un vaccin ou un médicament est suspecté ?
Le raisonnement utile n’est pas « événement après le produit = événement causé par le produit ». Il faut documenter l’exposition, le délai d’apparition, le diagnostic, les antécédents, les autres causes possibles, les données de pharmacovigilance et les conclusions médicales individuelles. Le régime d’indemnisation peut en outre dépendre du contexte précis de l’administration et du fondement juridique invoqué.
La grille PRODUIT → SIGNAL → IMPUTABILITÉ → RÉGIME
- PRODUIT : quel médicament, vaccin ou produit a été administré et dans quel contexte ?
- SIGNAL : quel effet a été constaté et a-t-il fait l’objet d’un signalement ou d’une analyse ?
- IMPUTABILITÉ : quelles données permettent de relier médicalement le dommage au produit chez cette personne ?
- RÉGIME : soins courants, prescription particulière, vaccination ou recherche impliquant la personne humaine : quelle voie juridique correspond réellement au dossier ?
Le signalement d’un EIG prouve-t-il la responsabilité de l’établissement ?
Non. Un dispositif de signalement et une procédure d’indemnisation n’ont pas le même objet. L’existence d’un signalement, d’une analyse interne ou d’un document relatif à la sécurité des soins peut être utile, mais la responsabilité et le droit à indemnisation doivent être appréciés à partir du cadre juridique applicable, des faits médicaux et du lien causal.
Comment distinguer faute médicale, aléa thérapeutique et affection iatrogène ?
La qualification dépend de la cause retenue. Si un manquement aux soins est établi et a causé le dommage, la responsabilité du professionnel ou de l’établissement peut être examinée. En l’absence de faute, certains accidents médicaux peuvent relever de la solidarité nationale si les conditions légales sont réunies. Un dommage provoqué par un médicament ou un traitement peut également conduire à examiner la notion d’affection iatrogène.
- Aléa thérapeutique : quels moyens d’indemnisation ?
- Qui indemnise une affection iatrogène ?
- Qui indemnise une infection nosocomiale ?
La CCI peut-elle être saisie après un événement indésirable grave ?
La Commission de conciliation et d’indemnisation (CCI) peut examiner certains dommages liés aux soins lorsque les conditions de sa compétence sont réunies. La seule qualification d’EIG ne suffit donc pas à garantir la recevabilité ou l’indemnisation.
Voir également : Quels cas médicaux peuvent être acceptés par la CCI ?
Pourquoi l’expertise médicale est-elle déterminante après un EIG ?
L’expertise peut devenir l’étape centrale pour déterminer l’état antérieur, la chronologie des soins, la cause du dommage, son imputabilité, une éventuelle faute et les séquelles. Il faut donc préparer l’expertise à partir des pièces plutôt que d’attendre de l’expert qu’il reconstruise seul l’ensemble du dossier.
Voir : Expertise médicale CCI : déroulement, préparation et rapport.
Que faire lorsque plusieurs événements graves se succèdent ?
Une hospitalisation complexe peut comporter plusieurs incidents : complication opératoire, infection, réaction médicamenteuse, retard de diagnostic, réintervention ou passage en réanimation. Il faut éviter de les fusionner artificiellement. Pour chaque événement, il faut rechercher la cause, la date, la réponse médicale et les conséquences propres. Cette séparation facilite ensuite l’analyse de l’imputabilité.
Quels cas pratiques montrent l’intérêt de cette méthode ?
Cas fictif et composite n°1 — complication opératoire suivie d’une réintervention. Une complication grave survient après une intervention. Une nouvelle opération devient nécessaire et laisse des séquelles. Le dossier doit déterminer si la complication était inhérente au risque de l’acte, si sa détection et sa prise en charge ont été adaptées et quelles séquelles lui sont imputables.
Cas fictif et composite n°2 — réaction grave à un médicament. Un patient présente une réaction sévère après l’administration d’un traitement. L’analyse doit identifier le produit, les antécédents, les conditions d’administration et la prise en charge de la réaction avant de discuter faute ou affection iatrogène.
Cas fictif et composite n°3 — plusieurs complications pendant une même hospitalisation. Une infection, une réintervention et une aggravation fonctionnelle se succèdent. Le dossier ne doit pas être résumé à « un EIG » : chaque séquence doit être datée et reliée, ou non, aux séquelles finales.
Quels préjudices peuvent être indemnisés après un accident médical grave ?
Lorsque le droit à indemnisation est établi, l’évaluation porte sur les conséquences réellement imputables au dommage : périodes de déficit temporaire, souffrances, séquelles permanentes, pertes professionnelles, dépenses, aide humaine et autres postes pertinents selon la situation.
Voir : Calcul du préjudice corporel : postes et estimation de l’indemnisation.
Quels cas composites illustrent les effets indésirables médicamenteux ?
Cas fictif et composite n°4 — maladie grave apparue après une vaccination. Une personne développe une pathologie rare après plusieurs injections et souhaite faire reconnaître un lien avec la vaccination. Le dossier doit documenter le calendrier des injections, le début des symptômes, le diagnostic spécialisé et l’analyse individuelle de l’imputabilité avant de déterminer la voie d’indemnisation adaptée.
Cas fictif et composite n°5 — médicament prescrit hors AMM et troubles prolongés. Un patient reçoit un traitement dans des conditions différentes de celles figurant dans l’AMM puis attribue des troubles durables à cette prescription. L’analyse doit distinguer le caractère hors AMM de la preuve du dommage : indication médicale, information, posologie, surveillance, chronologie et causalité doivent être étudiées séparément.
Cas fictif et composite n°6 — maladie grave pendant un protocole expérimental. Une participante à une recherche développe une maladie grave ensuite déclarée comme événement indésirable dans le protocole. Le dossier doit identifier le promoteur et le cadre de la recherche, récupérer les documents du protocole et examiner le régime spécifique de responsabilité et d’assurance applicable à la recherche.
L’essentiel à retenir
- Un événement indésirable grave n’établit pas automatiquement une faute médicale.
- Le signalement de l’événement et l’indemnisation sont deux questions différentes.
- Le dossier doit partir d’une chronologie médicale précise et documentée.
- Il faut identifier la cause et distinguer faute, accident médical non fautif, affection iatrogène et infection nosocomiale.
- Lorsque plusieurs complications se succèdent, chacune doit être analysée séparément.
- La CCI et l’expertise médicale peuvent jouer un rôle important lorsque les conditions applicables sont réunies.
Conclusion : que faire après un événement indésirable grave ?
Un EIG doit être considéré comme un point de départ pour comprendre ce qui s’est passé, et non comme la preuve automatique d’une responsabilité. La démarche la plus utile consiste à obtenir le dossier médical, reconstruire la chronologie, isoler chaque complication et ses conséquences, puis faire examiner l’imputabilité et les éventuels manquements. C’est sur cette base que la victime peut déterminer si une saisine de la CCI, une expertise ou une autre voie de recours est adaptée.
Sources et repères officiels
- Code de la santé publique — article L.1142-1
- Code de la santé publique — article R.1413-67
- Haute Autorité de santé — événements indésirables graves associés aux soins
- ONIAM
Effets indésirables des médicaments : qualification, expertise et recours →
Ozempic : effet indésirable grave, alertes et preuves à conserver →
Compresse oubliée : exemple d’événement indésirable chirurgical à expertiser →
Complication grave après chirurgie des hémorroïdes : documenter l’événement →
Événement grave lié à un médicament délivré en pharmacie : l’analyse doit distinguer prescription, dispensation, prise réelle et effet indésirable. Voir le Contrôle PRESCRIT → REMIS → PRIS →
Exemple après un examen invasif : une complication grave après coloscopie doit être analysée selon le geste, les signes d’alerte, la surveillance et le délai de traitement. Voir les complications après coloscopie →
Événement indésirable en gynécologie : une complication grave doit être analysée selon l’acte, sa détection, sa prise en charge et ses conséquences, sans conclure automatiquement à une faute. Voir le guide gynécologie →
Complication après réduction mammaire : en cas d’événement grave ou inattendu, conservez la chronologie, les documents opératoires et les éléments du suivi pour analyser l’imputabilité. Voir réduction mammaire ratée →
Vous êtes confronté à une situation similaire ?
Un événement indésirable grave après des soins doit être documenté précisément avant de rechercher s’il relève d’une complication, d’un accident médical ou d’un manquement susceptible d’ouvrir une voie d’indemnisation. Si vous ne savez pas quelle démarche engager, vous pouvez présenter votre situation au Portail des Assurés.
Vous pouvez notamment indiquer : les soins concernés, la date de l’événement, les complications, les hospitalisations ou réinterventions, les séquelles, le dossier médical, les explications reçues et les démarches déjà effectuées.
Premier regard sur votre situation. Le Portail des Assurés ne remplace ni une consultation médicale ni une consultation juridique.
Questions complexes & Cas particuliers
1. Une déclaration d’événement indésirable grave constitue-t-elle un aveu de faute ?
- Le signalement vise d’abord l’analyse et la prévention des risques associés aux soins.
- Il ne remplace ni une expertise sur la causalité ni l’établissement des conditions juridiques de responsabilité.
- Demander les éléments factuels communicables sans assimiler automatiquement déclaration et reconnaissance de faute.
2. Que faire si les horaires figurant au dossier médical sont contradictoires ?
- Conserver les différentes versions des transmissions, prescriptions et feuilles de surveillance.
- Construire une chronologie distinguant heure de l’événement, heure de saisie et heure d’intervention.
- Signaler les incohérences à l’expert sans conclure prématurément à une falsification.
3. Un événement grave évitable est-il nécessairement indemnisable ?
- L’évitabilité dans une analyse de qualité des soins et la faute juridique ne sont pas des notions parfaitement identiques.
- Il faut identifier un dommage, un fondement de réparation et un lien causal.
- Vérifier les voies CCI, assureur ou juridiction selon le dossier.
4. Comment distinguer aggravation de la maladie initiale et dommage causé par les soins ?
- Comparer état antérieur, évolution attendue, résultats des examens et séquence des actes médicaux.
- L’expertise doit motiver les hypothèses d’imputabilité et les facteurs concurrents.
- Ne pas attribuer automatiquement à l’événement déclaré l’ensemble des conséquences de l’hospitalisation.
Pour examiner les documents médicaux, la chronologie et les conséquences de votre situation, vous pouvez demander une analyse gratuite de votre dossier.
Repères au 18 octobre 2026 : articles L.1111-2 et L.1142-1 et suivants du Code de la santé publique selon les situations. L’analyse de la causalité et du droit à indemnisation dépend des faits et des textes applicables.