

Par Luc Morin — Le Portail des Assurés
Ancien inspecteur d’assurance. Qui sommes-nous ?
Réponse directe : lorsqu’un médicament, un implant, une prothèse ou un autre produit de santé est soupçonné d’avoir causé un dommage, il faut d’abord établir le lien entre le produit et le dommage puis déterminer si le produit était réellement défectueux, s’il a été mal utilisé ou posé, ou si la complication relève d’un autre mécanisme. Le responsable et la voie d’indemnisation dépendent de cette qualification.
Qu’est-ce qu’un dommage lié à un produit de santé ?
Le simple fait qu’un dommage survienne après l’utilisation d’un produit de santé ne prouve ni son défaut ni la responsabilité de son producteur. L’analyse doit confronter la chronologie, la traçabilité du produit, les données médicales et les circonstances de son utilisation.
La Boussole Produit de Santé du Portail des Assurés
| Hypothèse | Question centrale | Éléments à rechercher |
|---|---|---|
| Défaut du produit | Le produit présentait-il un défaut susceptible d’expliquer le dommage ? | Référence, lot, traçabilité, alertes, expertise |
| Pose ou utilisation | Le dommage vient-il du geste ou de l’utilisation plutôt que du produit ? | Compte rendu, technique, indication, suivi |
| Effet indésirable / complication | S’agit-il d’un risque ou d’une complication sans défaut démontré ? | Chronologie, notice, dossier médical, expertise |
| Cause différente | Le produit est-il seulement présent sans être causal ? | État antérieur, évolution de la maladie, autres causes |
La présence d’un implant ou la prise d’un médicament avant le dommage ne suffit pas. Il faut construire la chaîne Produit → Exposition → Événement → Dommage → Séquelles.
Qui peut indemniser la victime ?
Il n’existe pas un payeur unique pour toutes les situations. Selon les faits et le fondement juridique retenu, l’analyse peut concerner notamment le producteur, un professionnel ou établissement de santé, leur assureur, ou un mécanisme spécifique de solidarité nationale lorsque la loi le prévoit.
Produit défectueux ou erreur médicale : pourquoi la distinction compte ?
Une prothèse peut être correctement fabriquée mais mal positionnée ; inversement, une complication peut être liée au produit sans que le geste du chirurgien soit fautif. Il faut donc éviter de confondre automatiquement défaut du produit, faute de soins et accident médical non fautif.
Erreur chirurgicale : responsabilité et indemnisation →
Accident médical non fautif : comprendre la CCI et l’ONIAM →
Que faut-il conserver comme preuves ?
- dossier médical complet ;
- référence, numéro de lot et traçabilité du dispositif lorsqu’ils sont disponibles ;
- ordonnances, notices et prescriptions pour les médicaments ;
- comptes rendus de pose, retrait ou reprise chirurgicale ;
- examens objectivant le dommage ;
- chronologie des symptômes ;
- preuves des pertes, frais, aide et conséquences professionnelles.
🔥 L’avis de Luc Morin
« Dans un dossier de produit de santé, commencez par identifier précisément le produit et sa traçabilité. Ensuite seulement, demandez quelle chaîne de faits relie ce produit au dommage. Sans cette chaîne, le mot “défectueux” reste une hypothèse. »
Exemple : une prothèse de hernie inguinale est-elle forcément en cause ?
Non. Des douleurs, une récidive ou une complication après chirurgie peuvent avoir plusieurs causes. Notre cas consacré à la hernie inguinale montre comment distinguer implant, geste chirurgical, lésion d’un organe, infection et autres mécanismes.
Prothèse de hernie inguinale : complications et indemnisation →
Quatre situations réelles de produits ou dispositifs de santé
Les situations suivantes sont inspirées de messages reçus par Le Portail des Assurés. Elles ont été anonymisées, simplifiées et reformulées. Elles illustrent des questions à investiguer et ne permettent pas, à elles seules, de conclure à un défaut du produit ou à une responsabilité.
Cas n°1 — Prothèse concernée par des rappels et fabricant restructuré
Une personne porte une prothèse implantée plusieurs années auparavant et découvre l’existence de campagnes de rappel concernant certains dispositifs du même fabricant. Elle cherche à savoir si son propre implant est concerné et contre quelle entité agir après une restructuration ou une procédure collective du fabricant initial.
À rechercher : référence exacte, numéro de lot ou de série, carte d’implant, traçabilité hospitalière, périmètre précis du rappel, entité ayant fabriqué ou distribué le dispositif, dates et éventuelle continuité juridique entre sociétés.
Cas n°2 — Implant dentaire avec composant fracturé
Après des soins implantaires, un autre praticien constate la fracture d’un composant à l’intérieur de l’implant et estime qu’une reprise des soins est nécessaire. La victime dispose de son dossier et d’un constat médical mais rencontre des difficultés à obtenir une réponse dans le cadre de sa réclamation.
À rechercher : nature exacte de la pièce fracturée, cause de la rupture, référence du matériel, conditions de pose et d’utilisation, nécessité de reprise, coûts et séquelles. Une rupture ne démontre pas automatiquement un défaut de fabrication.
Cas n°3 — Appareillage dentaire, indication contestée et absence de suivi
Une personne décrit la pose d’un appareillage dentaire qu’elle supporte très mal, dans un contexte de problèmes parodontaux et de dents mobiles. Des soins lourds et une reprise deviennent ensuite nécessaires. Elle conteste également l’information reçue et le suivi après la pose.
À rechercher : indication initiale, consentement et information, état dentaire antérieur, conception et adaptation de l’appareillage, suivi, cause des complications et distinction entre éventuel défaut du dispositif et prise en charge médicale.
Cas n°4 — Matériel chirurgical cassé et soins réalisés à l’étranger
Après plusieurs opérations réalisées dans un autre pays européen, une personne indique que du matériel implanté s’est cassé à plusieurs endroits. Certaines pièces ont pu être retirées, d’autres resteraient en place. Elle rencontre en parallèle des difficultés pour obtenir un dossier médical complet et exploitable.
À rechercher : nature et référence du matériel, cause des ruptures, comptes rendus opératoires, imagerie, traçabilité, conséquences des fragments restant en place et règles applicables aux soins transfrontaliers.
Identifier → Tracer → Relier → Qualifier → Chiffrer.
- Identifier précisément le produit ou composant.
- Tracer lot, série, fabricant, distributeur et dates.
- Relier médicalement le produit au dommage allégué.
- Qualifier : défaut du produit, problème de pose/utilisation, information, suivi ou autre mécanisme.
- Chiffrer les conséquences réellement imputables.
L’essentiel à retenir
- Un dommage après utilisation d’un produit ne prouve pas automatiquement son défaut.
- Il faut identifier précisément le produit et préserver sa traçabilité.
- Défaut du produit, faute de soins et accident médical non fautif sont des qualifications différentes.
- Le payeur dépend du fondement retenu et du régime légal applicable.
- L’expertise peut être déterminante pour établir l’imputabilité et les séquelles.
FAQ — Produit de santé défectueux
Comment prouver qu’une prothèse ou un dispositif médical est défectueux ?
Il faut réunir plusieurs éléments : identification et traçabilité du dispositif, dossier médical, circonstances du dommage, examens, éventuels rappels ou alertes et expertise. En droit des produits défectueux, la victime doit notamment établir le dommage, le défaut et le lien de causalité entre les deux. Une rupture ou une complication ne suffit donc pas automatiquement à démontrer le défaut.
Qui indemnise la victime d’un produit de santé défectueux ?
Le payeur dépend du fondement retenu. Si le défaut du produit est établi dans le cadre du régime de responsabilité des produits défectueux, la responsabilité du producteur peut être recherchée. D’autres responsabilités peuvent également être discutées selon les circonstances, notamment lorsqu’un problème concerne la pose, l’utilisation, l’information ou les soins. Il ne faut donc pas désigner automatiquement l’ONIAM comme payeur.
Que faire si ma prothèse ou mon implant fait l’objet d’un rappel ?
Commencez par vérifier si votre référence, votre lot ou votre numéro de série entre réellement dans le périmètre du rappel. Récupérez la carte d’implant lorsqu’elle existe, le compte rendu opératoire et les informations de traçabilité détenues par l’établissement. Conservez également les courriers de rappel, examens et avis médicaux. Un rappel constitue une information importante, mais il faut encore relier la situation de votre dispositif à votre dommage personnel.
Comment retrouver le numéro de lot ou la référence d’une prothèse ?
Recherchez d’abord la carte ou le document d’implant remis après l’intervention. La référence peut également apparaître dans le dossier médical, le compte rendu opératoire, les documents de traçabilité du bloc ou de l’établissement. Demandez une copie complète des documents disponibles lorsque l’identification du dispositif n’est pas claire.
Produit de santé défectueux : faut-il saisir la CCI ou le tribunal ?
La réponse dépend du dommage et du fondement juridique envisagé. Une CCI peut examiner certains accidents médicaux dans le cadre prévu par le Code de la santé publique, tandis qu’une action fondée spécifiquement sur la responsabilité du fait des produits défectueux obéit à son propre régime. Avant de choisir la voie, il faut donc identifier qui est mis en cause, pour quel fait et sur quel fondement.
Que faire si le fabricant a disparu, fait faillite ou a été restructuré ?
Ne concluez pas qu’une société portant un nouveau nom reprend automatiquement toutes les obligations de l’ancien fabricant. Il faut retracer l’identité du producteur, la date de mise en circulation, les sociétés concernées, les éventuelles opérations de cession ou restructuration et, le cas échéant, la procédure collective. Lorsque le producteur ne peut être identifié, le Code civil prévoit également, sous certaines conditions, des règles concernant le vendeur, le loueur ou un autre fournisseur professionnel. Les délais doivent être vérifiés rapidement.
Avant de demander « qui doit payer ? », répondez à trois questions : quel produit exact ? quel défaut allégué ? quel lien avec le dommage ? C’est ce triptyque qui permet ensuite de choisir la voie de recours.
Conclusion : identifier le produit, puis prouver la chaîne causale
Un dossier solide part des faits : quel produit, quelle exposition ou pose, quel événement, quel dommage et quelles séquelles ? Cette méthode permet ensuite de déterminer si la discussion doit porter sur un défaut du produit, une responsabilité liée aux soins ou un autre mécanisme d’indemnisation.
Sources officielles
Affection iatrogène : déterminer l’origine du dommage et le payeur →
Infection nosocomiale : comprendre le régime d’indemnisation →
Expertise médicale CCI : préparer les preuves et l’imputabilité →
Effets indésirables après une injection Pfizer : ONIAM et indemnisation →
Médicament : distinguer effet indésirable et produit défectueux →
Androcur, acétate de cyprotérone et méningiome : indemnisation des victimes →
Dépakine et valproate : dispositif ONIAM et indemnisation des victimes →
Ozempic : effet indésirable ou produit de santé défectueux ? →
Prothèse du genou potentiellement défectueuse : traçabilité, expertise et indemnisation →
Implant ou dispositif et troubles urologiques : lorsqu’un dispositif est suspecté, sa seule présence ou sa proximité anatomique ne suffit pas ; il faut confronter position, fonction, chronologie et mécanisme du dommage. Voir le Contrôle PROTHÈSE → URO →
Implant dentaire : lorsqu’un dommage peut provenir soit du matériel soit des soins, il faut distinguer défaut du dispositif, indication, pose et suivi. Voir erreur d’un dentiste →
Vous êtes confronté à une situation similaire ?
Lorsqu’un produit de santé est suspecté d’avoir causé un dommage, l’analyse doit identifier précisément le produit, son utilisation, le dommage invoqué et les éléments permettant d’étudier le lien et les responsabilités possibles. Si vous ne savez pas quelle démarche engager, vous pouvez présenter votre situation au Portail des Assurés.
Vous pouvez notamment indiquer : le nom et les références du produit, les dates d’utilisation ou d’implantation, les prescriptions ou comptes rendus, les incidents constatés, les examens et soins rendus nécessaires, les séquelles et les démarches déjà engagées.
Premier regard sur votre situation. Le Portail des Assurés ne remplace ni une consultation médicale ni une consultation juridique.